Big data, intelligence artificielle et régulations : où en sommes-nous en 2024 ?
Qu’il s’agisse de nos usages quotidiens ou des grandes stratégies industrielles, la circulation et l’analyse des données occupent en 2024 une place centrale. L’année a déjà été marquée par plusieurs annonces majeures sur le front de la donnée : innovations, nouvelles législations, mais aussi débats sur la souveraineté numérique ou la sécurité des informations. Quels sont les bouleversements concrets à retenir ? Qui sont les gagnants et les nouveaux défis côté professionnels comme citoyens ? Revue de détail des annonces et de leur impact sur notre vie numérique.
L’explosion de la donnée : cap vers la démocratisation et l’automatisation
Le volume des données produites dans le monde progresse de façon exponentielle : selon l’IDC, il a été multiplié par 15 en dix ans. Mais la tendance 2024, ce n’est plus seulement l’accumulation, c’est l’utilisation intelligente et automatisée des données. Les outils d’analyse basés sur l’IA sont désormais intégrés dans une multitude de services accessibles aux entreprises et même aux particuliers, ouvrant ainsi la voie à une exploitation jusque-là réservée aux grands groupes spécialisés.
- Des plateformes pour tous : Microsoft, Google ou AWS proposent en France des plateformes analytiques accessibles à partir de quelques dizaines d’euros par mois, avec des interfaces dites « no code » qui ne nécessitent plus de compétences poussées en programmation.
- La donnée devient un levier de pilotage stratégique : PME, associations, collectivités et institutions publiques s’équipent massivement. L’idée : automatiser la veille, affiner la relation client, surveiller les signaux faibles de marché ou anticiper des crises (santé, environnement...).
- Des capteurs partout : la généralisation des objets connectés dans les espaces publics, les logements, les entreprises, multiplie l’entrée de nouvelles données dans le cloud, avec des applications concrètes (maintenance prédictive, suivi de la qualité de l’air, dispositifs de sécurité assistée...).
Annonce n°1 : l’arrivée du « data mesh » dans les grandes entreprises françaises
Parmi les faits marquants, l’adoption accélérée du « data mesh », architecture de la donnée orientée décentralisation. La SNCF, quelques groupes du CAC40 ou de grands ministères français ont officialisé, début 2024, leurs projets pilotes. Derrière ce terme parfois obscur se cache un principe-clé : au lieu de concentrer toutes les données dans une seule grande base, chaque équipe-métier gère, met à jour et expose les jeux de données qui la concernent, selon des standards partagés.
- À la clé, une plus grande réactivité, moins d’engorgements techniques, et des déploiements plus rapides au sein des grands groupes.
- Au quotidien, cela permet à une direction RH, à une équipe commerciale ou à un service juridique de produire (et consommer) leurs propres analyses, sans dépendre d’une DSI centrale débordée.
Pourquoi c’est important ?
Pour les seniors actifs ou anciens managers, le data mesh démocratise l’accès à la donnée en interne : un levier pour garder la main sur les indicateurs clés, piloter plus finement, transmettre des savoir-faire sans dépendre d’équipes techniques surchargées.
Annonce n°2 : RGPD, DSA, DMA... le cadre légal fait sa révolution
L’autre grande actualité, c’est l’évolution rapide des textes réglementaires. Si le RGPD (Règlement Général pour la Protection des Données) fête ses 6 ans, il s’accompagne désormais d’autres textes charnières :
- DSA (Digital Services Act) : Encore peu connu du grand public, ce nouveau règlement européen encadre les responsabilités des grandes plateformes du web (réseaux sociaux, boutique en ligne, hébergeurs) concernant les données personnelles, la modération des contenus, la transparence sur les algorithmes.
- DMA (Digital Markets Act) : S’attaque aux « gatekeepers » (les géants du numérique) pour garantir l’accès équitable au marché. Les GAFAM doivent, par exemple, permettre la portabilité des données et ouvrir certaines fonctionnalités à la concurrence.
Quelles conséquences concrètes ?
- Les utilisateurs français disposeront de nouveaux droits : accès, rectification mais aussi portabilité élargie des données stockées, et possibilité de mieux contrôler les usages publicitaires.
- Pour les entreprises, la pression monte pour assurer la transparence, prouver la conformité et renforcer la sécurité des traitements. Les contrôles de la CNIL se multiplient, tout comme les amendes en cas de manquements (plus de 400 millions d’euros cumulés en Europe en 2023).
Annonce n°3 : les IA génératives, moteurs d’une nouvelle valorisation des données
L’irruption en force de l’intelligence artificielle générative et des grands modèles de langage (type ChatGPT, Llama, Mistral, etc.) change radicalement la donne. L’enjeu n’est plus seulement la quantité de données, mais leur qualité, leur structuration et leur « apprêtabilité » pour nourrir les IA.
- Nouveaux métiers : la « data cleaning », soit le nettoyage des bases pour les rendre compatibles avec l’IA, devient stratégique. Les métiers de « data steward » (garants de la qualité des données) sont en pleine expansion en France.
- Valorisation accrue des archives : de vieux fonds de documents ou bases peu exploitées sont aujourd’hui remis au goût du jour grâce à des outils capables d’extraire de la valeur à partir de gisements « poussiéreux ».
- Production automatisée : génération automatique de rapports, synthèses, veille réglementaire, réponses à la clientèle ou création de contenus : le tout piloté sur la base de données nettoyées, accessibles et bien structurées.
Les limites et craintes soulevées
- Biais et sécurité : Les modèles IA sont aussi performants que la qualité de leurs jeux d’apprentissage. Mauvaises données, biais historiques, erreurs non détectées peuvent générer de fausses informations ou des prédictions inadaptées.
- Risque de fuite : Des incidents relatifs à la confidentialité se multiplient avec l’emploi rapide d’IA connectées à des bases de mails, de dossiers médicaux ou d’informations professionnelles sensibles.
Annonce n°4 : la souveraineté et le stockage local redeviennent des priorités
Côté économies numériques, 2024 sonne aussi le retour en grâce du stockage souverain : l’état français (et nombre de collectivités) annoncent de nouveaux appels d’offres pour héberger les données sensibles (éducation, santé, sécurité) sur le sol national. Cela se concrétise par :
- Déploiement de clouds locaux : Orange, OVHcloud ainsi que des consortiums publics-privés lancent de nouvelles offres concurrençant Amazon ou Microsoft sur le marché national.
- Normes et certifications françaises renforcées : La labellisation SecNumCloud par l’ANSSI (l’agence nationale de sécurité informatique) devient un passage obligé pour obtenir des contrats sensibles.
Pour l’usager final, c’est la promesse d’un meilleur contrôle sur le lieu de stockage, la garantie que la donnée ne peut être exportée hors UE à l’insu du citoyen, et parfois une meilleure réactivité en cas d’incident ou de piratage.
Quels impacts sur le quotidien et les budgets des utilisateurs ?
Au-delà de la technique, ces nouvelles orientations Data ont un effet en cascade sur la vie quotidienne :
- Choix des outils : plus que jamais, les acheteurs publics et privés évaluent leurs solutions (CRM, ERP, logiciels métiers) sur la base de critères data : où sont stockées les informations ? Qui y accède ? Les services proposés s’adaptent-ils aux exigences actuelles de sécurité et de mobilité ?
- Données personnelles : la transparence et le « self-service » font leur apparition même dans les outils grand public. Il est désormais courant pour un usager d’accéder à ses historiques, de télécharger ou d’effacer ses propres données, simplifiant la gestion de son identité numérique et limitant le risque de fuite en cas de piratage.
- Optimisation des coûts : la mutualisation des ressources cloud, l’automatisation de tâches de tri et de nettoyage des bases, la sélection de prestataires locaux adaptés peuvent générer jusqu'à 30% d’économies sur les budgets informatiques de nombreux acteurs.
- Simplification de la gestion : les outils de « gouvernance data » s’automatisent, réduisant la complexité de la mise en conformité et le besoin d’expertise technique rare en interne.
Quels défis et perspectives pour 2024 et au-delà ?
Si la donnée est plus accessible, plus encadrée et plus valorisée, plusieurs défis subsistent :
- Cybermenaces en hausse : chaque nouveau flux, chaque solution IA connectée, augmente la surface d’attaque potentielle. Les entreprises devront redoubler d’efforts en sensibilisation, formation, et audits.
- Pénurie de compétences data : malgré les cursus qui se multiplient, les profils capables de piloter des stratégies data (analyse, sécurité, qualité) restent rares et très demandés.
- Enjeux juridiques et éthiques : l’arrivée de l’IA générative impose de revisiter les chartes de bonne conduite sur l’usage des données sensibles. De nouveaux débats émergent, de la transparence des algorithmes à l’impact écologique des centres de stockage.
Bilan : la donnée, pilier du numérique « pratique et responsable »
2024 s’illustre par une maturation enfin concrète de la gestion et de la valorisation de la donnée. Les annonces récentes témoignent d’un secteur arrivé à un carrefour : davantage d’outils, de transparence, de prises de conscience sur la souveraineté et la maîtrise budgétaire. Pour les seniors, les néo-retraités ou les publics débutants dans le numérique, la vague data ne doit plus inspirer la crainte : elle ouvre au contraire la porte à plus d’autonomie, de protection, et d’efficacité au quotidien. Mais comme toujours, l’essentiel reste d’être informé, de bien choisir ses outils et de garder la main sur ses usages : la clé d’un numérique aussi inclusif que sécurisé.