Changer sa manière de tenir la souris : une tendance qui bouscule nos habitudes
Le monde du matériel informatique n’est pas avare en évolutions, mais il est difficile de bouleverser les gestes du quotidien. Les souris verticales, apparues discrètement il y a une quinzaine d’années, sont aujourd'hui de plus en plus visibles dans les rayons comme sur les bureaux. Promesses d’ergonomie, elles intriguent autant qu’elles questionnent : simple gadget design ou véritable solution face à l’inconfort, voire à la douleur, provoqués par des heures sur l’ordinateur ? Décortiquons ensemble leur intérêt au fil des usages réels, des budgets et des attentes.
D’où vient l’idée d’une souris verticale ?
Dans les années 2000, alors que les premiers troubles musculo-squelettiques (TMS) liés à l’usage intensif de l’informatique prenaient de l’ampleur, plusieurs experts en ergonomie ont constaté que le mouvement de pronation – la rotation de l’avant-bras pour poser la paume vers le bas – n’était pas « naturel » pour la morphologie humaine. Ainsi, l’idée d’une souris que l’on saisirait « de côté », dans une position de poignée de main, s’est imposée chez quelques designers et ingénieurs aux États-Unis, puis en Asie et en Europe.
Depuis, de nombreux modèles sont apparus, du premier prototype à la souris grand public que l’on croise aujourd’hui chez Logitech (MX Vertical), Trust, Aukey ou chez les acteurs axés santé comme Evoluent.
Qu’est-ce qui change vraiment : la théorie derrière la prise « verticale »
- Position neutre : Le poignet reste dans le même axe que l’avant-bras, réduisant la torsion des tendons.
- Moins de pression sur les muscles : Le bras et la main « tombent » naturellement sur la souris, au lieu de forcer vers le bas.
- Réduction du frottement : L’annulaire et l’auriculaire ne traînent plus sur le tapis.
- Épaules et nuque : Une posture plus verticale du bras aide à détendre l’ensemble de la chaîne musculaire.
Pour autant, la transition n’est pas aussi évidente : il faut du temps pour s’habituer à la nouvelle prise. Le gain se mesure sur la durée plutôt qu’en quelques heures.
Souris verticales : pour qui, et pour quels usages ?
Avant tout, ces souris visent celles et ceux qui rencontrent des désagréments lors d’usages prolongés. Voici les profils principaux qui y trouvent un intérêt :
- Utilisateurs intensifs : Professionnels, télétravailleurs, étudiants dont l’ordinateur est un outil quotidien.
- Personnes sujettes aux TMS ou douleurs tendineuses : Canal carpien, douleurs à l’épaule, « tennis elbow », fourmillements dans la main…
- Personnes âgées : La préhension verticale peut limiter la crispation, particulièrement en cas de mobilité réduite.
- Primo-accédants au numérique (retraités, débutants) : Certaines souris verticales offrent une prise rassurante pour celles et ceux mal à l’aise avec les modèles traditionnels.
En revanche, les gamers ou ceux qui réalisent des micro-mouvements précis (graphistes, montages vidéo haut de gamme) restent parfois attachés au format plat pour la rapidité et la précision du contrôle.
Tour d’horizon des modèles et budgets : que trouve-t-on sur le marché ?
L’offre s’est nettement démocratisée, avec trois grands axes :
- Entrée de gamme 15 – 30 € : Modèles filaires simples (Trust, Aukey, Tecknet), bouton avant/arrière, parfois trois tailles.
- Milieu de gamme 30 – 80 € : Souris rechargeables, sans fil, capteur précis, repose-pouce ergonomique (Anker, Delux, Logitech Lift).
- Gamme pro/santé 80 – 140 € : Réglages fins, matériaux premium, tailles variées selon la morphologie. Ex : Logitech MX Vertical, Evoluent 4.
Détail à noter : la plupart des modèles proposent des dimensions différentes selon la taille de la main, parfois des versions pour gauchers — encore trop rares — et différents angles de verticalité (de « semi-verticale » à 90°, en mode poignée stricte). Avant l’achat, mieux vaut tester en magasin ou lire les retours sur la prise en main pour éviter les mauvaises surprises.
Quels bénéfices en usage réel ?
- Le confort à long terme : Après une adaptation de quelques jours à quelques semaines, plusieurs utilisateurs témoignent d’une nette réduction des tensions dans le poignet et l’avant-bras.
- Moins de fourmillements/engourdissements : En particulier pour ceux déjà fragilisés, l’effet est parfois immédiat.
- Position de la main plus détendue : Moins de crispation sur les clics et la molette.
- Gain de posture générale : L’épaule s’arrondit moins, la nuque suit, notamment si l’on ajuste en parallèle la hauteur du bureau et du siège.
À savoir : Le bénéfice s’accroît si la souris est couplée à d’autres gestes ergonomiques (repose-poignets, clavier répartissant la frappe, pauses régulières). La souris seule n’efface pas tous les maux, mais elle contribue à une amélioration globale.
Les limites et points de vigilance
- Période d’adaptation nécessaire : Les premiers jours, la rapidité et la précision peuvent diminuer. Il faut "déprogrammer" d’anciens réflexes de main.
- Non adapté à tous : Pour les très petites ou très grandes mains, le choix est encore réduit ; certains types d’arthrose ou séquelles de blessure nécessitent des modèles spécifiques.
- Utilisation nomade moins pratique : Plus encombrantes à transporter et plus hautes, elles rentrent difficilement dans une pochette de PC portable.
- Compatibilité et réglages : Certains logiciels de personnalisation (vitesse du curseur, raccourcis) restent réservés à Windows ou MacOS. Sur Chromebook ou Linux, prévoir un paramétrage manuel.
Bon à savoir : En cas de doute, plusieurs fabricants proposent des périodes d’essai ou de remboursement prolongées en cas d’inadaptation.
Quid des alternatives : trackball, stylet ou souris classique optimisée ?
- Trackball vertical : Le pouce (ou l’index) fait défiler le curseur sur une boule. Intérêt majeur pour ceux qui ont très peu d’espace de bureau. Adaptation nécessaire.
- Stylet ou tablette graphique : Pour des cas particuliers (graphistes, douleur extrême au poignet), le stylet permet un mouvement encore plus naturel, mais réclame de l'entraînement.
- Souris classique ergonomique : Avant de basculer vers le vertical, certains préfèreront tester un modèle profilé, ergonomique "non vertical", plus confortable malgré tout qu’une souris plate d’entrée de gamme.
Conseils pratiques avant (et après) l’adoption d'une souris verticale
- Tester avant d’acheter : En magasin spécialisé, essayez la prise en main, le clic, le poids.
- Prenez votre temps : Accordez-vous une à deux semaines pour être à l’aise. Alternez avec votre ancienne souris si besoin au début.
- Adaptez votre espace de travail : Hauteur du bureau, tapis adapté. Un gain total n’a de sens que si tout l’environnement suit.
- Ne pas hésiter à ajuster les réglages logiciels : Vitesse du curseur, attribution des boutons supplémentaires… voire inversion pour gauchers.
Si des douleurs persistent, n'hésitez pas à consulter un ergonome ou un médecin spécialisé. La prévention et l’écoute des signaux corporels restent essentiels.
Bilan : gadget marketing ou vrai atout santé ?
- La souris verticale n’est pas la solution miracle universelle, mais elle marque un (grand) pas vers une meilleure prise en compte de la physiologie au bureau.
- Son efficacité dépend du modèle choisi, de la taille de la main et du confort global de l’espace de travail.
- L’investissement, raisonnable dans la plupart des cas (30 à 80 € pour un modèle fiable), doit se comprendre comme un geste de prévention sur la durée.
- Attention toutefois aux modèles non adaptés ou vendus sans conseils : le confort dépendra toujours, avant tout, de la personnalisation de la prise en main.
À retenir : l’adoption d’une souris verticale est une démarche active pour préserver sa santé numérique : il ne s’agit pas simplement de suivre une mode, mais de réinterroger la façon dont nos objets quotidiens influent sur notre bien-être — un enjeu central à l’ère du tout-connecté, pour les actifs comme les retraités.